Sypres : du nouveau pour les rites funéraires ?

Alors que le secteur du funéraire n’en finit plus de se cristalliser autour de grands groupes qui veulent régenter ce marché ô combien lucratif et porteur, l’initiative de Sypres démontre qu’il existe d’autres logiques et d’autres démarches pour repenser le lien à la mort.

Penser les funérailles autrement

A l’origine de cette coopérative bordelaise, Edileuza Gallet, psychanalyste de son état. A la faveur d’une formation effectuée en 2011 en Suisse, elle découvre qu’il existe une autre perception des obsèques, plus laïque, personnalisée, à l’écoute des volontés du défunt et de ses proches. Or, si le cérémonial religieux ne concerne plus que 20 % de la population française, il est encore difficile de proposer des alternatives, de penser les funérailles autrement. C’est le but de Sypres, qui a pris sept ans pour se mettre en place.

Association, passage en incubateur, création d’une Société Coopérative d’Intérêt Collectif, Sypres a longuement mûri sa gestation afin de passer à l’acte en 2019.

Dépasser les protocoles habituels

Et la coopérative affiche des objectifs multiples, précis et déterminés : outre les prestations classiques des pompes funèbres (transport du corps, démarches administratives, traitement de la dépouille), il s’agit de proposer des cérémonies sur-mesure en dépassant les protocoles habituels. Et là, on pénètre de plain-pied dans le domaine de la recherche et de l’innovation.

Sypres veut inventer cette nouvelle génération de funérailles à facettes multiples, plus humaines, plus à l’écoute, plus écologiques, avec à ses côtés des artistes, les intervenants en EHPAD (rappelons que deux individus sur trois décèdent en établissement de soins), des personnes elles-mêmes confrontées à la mort de leurs proches …

La co-création à l’honneur

Le principe est d’ériger la co-création en pilier central de l’entreprise, d’innover ensemble et sans fin. Et pour ce faire, Sypres multiplie les rencontres, les ciné-débats, les « cafés mortels » où se retrouvent intervenants et particuliers pour discuter de la mort et dépasser le déni qui voile cette réalité. Le but est par ailleurs de trouver un site voué à accueillir les personnes touchées par le deuil pour y pratiquer l’échange sans tabou. Toutes ces démarches participent d’un véritable « living labs », et devraient ultérieurement déboucher sur des séminaires, des colloques… un partage des connaissances et des expériences pour transmettre cette nouvelle manière de penser la mort et le deuil.

Un panel de projets

Parmi les projets évoqués sur le site web de la coopérative, nous avons retenu : la volonté d’organiser des enterrements verts sans produits chimiques ni cercueil nocif, de prévoir des hommages lors des anniversaires du décès, le fait d’associer les établissements de soins à ce chantier, mais aussi les artistes afin qu’ils inventent de nouveaux types d’intervention, plus esthétiques, où la beauté aura sa part.

Par ailleurs Sypres s’inquiète de l’impact vécu par les professionnels confrontés au deuil au quotidien et veut les épauler avec des groupes de paroles et des formations. Enfin il s’agit à terme d’intervenir dans l’élaboration des politiques publiques liées au funéraire.

On le voit, Sypres affiche l’ambition de penser et orchestrer des obsèques différentes, solidaires, écologiques, qui permettent à chaque famille d’y investir du sens, une vision, des valeurs. Par delà cette offre, c’est un véritable projet de société qui est ici à l’œuvre, en totale contradiction avec la machine financière des grands groupes funéraires. Ce projet est du reste soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine ou la fondation MACIF pour ne citer qu’elles, preuve que les institutions croient en cette initiative. 2019 doit voir la concrétisation de la mise en place de cette « alternative funéraire ». Une action à suivre de près donc, car elle constitue une autre voie dans la manière d’aborder la mort et de la gérer au quotidien.

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