Code QR funéraire : opportunités et dérives

Parmi les innovations numériques qui s’invitent dans l’enceinte des cimetières, les codes QR occupent une place de choix : directement sur la tombe.

Si cette pratique venue des USA fait succès au Japon, en Grande Bretagne ou en Espagne, elle peine à se développer en France.

Il y a fort à parier toutefois, que dans un avenir proche, lorsque vous irez vous recueillir sur la tombe d’un de vos proches, vos yeux ne soient plus seulement fixés sur l’inscription gravée.

De quoi s’agit-il ? Que permet cette méthode ? Quelles sont ses limites ?

Qu’est-ce qu’un QR code ?

Exemple de Code QR
Exemple de Code QR

Il y a fort à parier que vous soyez déjà tombé sur ce type de codes-barres en 2D (voir l’exemple ci-contre).

De forme carrée, ils ont comme principal atouts de pouvoir accueillir une grande quantité d’informations tout en restant petit et facile à scanner (avec une tablette ou un simple smartphone).

Habituellement utilisés à des fins publicitaires par les grandes entreprises, ils permettent aux clients de faire des achats en ligne, ou encore de visiter la boutique de l’annonceur.

Associer les codes QR aux pierres tombales ?

Fixé sous forme de médaillon de métal sur la plaque funéraire, la stèle ou l’urne, le code QR permet à qui le désire de se connecter via son smartphone ou sa tablette à un site internet où apparaissent alors par exemple :

  • la biographie du défunt,
  • ses musiques préférées,
  • des vidéos,
  • des photographies,
  • des commentaires,
  • des condoléances
  • Etc.

La mémoire du disparu est ainsi accessible directement, aussi bien pour les proches que pour les anonymes. Il est également possible aux membres de la famille comme aux amis éloignés de consulter ces informations par le biais d’un ordinateur.

Le concept, modulable et sécurisé, est évalué à environ 200 euros pour un pack comprenant la plaque, le code et l’espace internet dédié.

L’idée a fait son chemin dans plusieurs pays où cette activité a engendré un marché juteux et prolixe.

En France, cette solution aurait une portée muséale et touristique en permettant par exemple d’animer la visite de cimetières célèbres comme ceux du Père Lachaise ou du Montparnasse, où reposent des grands de la musique, de la littérature et de la politique dont il serait aisé de découvrir le parcours.

Elle faciliterait par ailleurs la géolocalisation des tombes.

Concept limité et vide juridique

Très attractif, le concept du code QR funèbre suppose néanmoins des inconvénients de taille :

  • Impossible de consulter ces informations si le visiteur ne bénéficie d’aucun des supports nécessaires comme un smartphone ou une tablette.
  • On n’est pas à l’abri d’une mauvaise connexion, principalement dans les terrains communaux qui jouxtent les villes.
  • Les technologies numériques évoluent très vite, et le code dédié peut à la longue devenir obsolète.
  • Le site destiné à recevoir la mémoire du défunt peut être fermé suite à la faillite de l’entreprise prestataire et les informations disparaissent, anéanties en même temps que l’interface.
  • Cette dernière peut aussi être piratée, les données détournées, modifiées, volées.
  • Les contenus déposés sur le mémorial peuvent être provocateurs, racistes, inciter à la haine, à la discrimination, ce qui est formellement interdit dans les cimetières, au même titre que les publicités et discours racoleurs.

Tous ces risques impliquent une surveillance accrue du prestataire, et contredisent directement la loi qui veut que seul le maire soit habilité à autoriser la pose d’une plaque funéraire comme le stipule notamment  l’article R2223-8  du Code général des collectivités territoriales, justement pour éviter toute dérive.

Interpelé à ce sujet par les parlementaires, le gouvernement, conscient du vide juridique, a décidé de consulter les élus ainsi que le Conseil national des opérations funéraires afin d’encadrer au mieux cette nouvelle pratique.

À suivre…

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