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Urban Death Project : la « recomposition » comme nouvelle approche funéraire

Parmi les perspectives futures en matière de traitement du cadavre, la « recomposition » fait l’objet de recherches scientifiques les plus sérieuses.

En la matière, ce sont les USA qui s’inscrivent à la pointe des investigations, grâce notamment au « Urban Death Project » mené de main de maître par l’architecte et designer de Seattle, Katrina Spade en partenariat avec l’université de Western Carolina.

Objectif de ce laboratoire : Définir le processus adéquat pour transformer les corps des défunts en compost destinés à fertiliser la terre.

Pourquoi ce projet ? Quels sont ses principes, son état d’avancement, ses limites ?

La mort : une étape biologique incontournable

Les professionnels du secteur funéraire sont désormais confrontés aux problématiques environnementales : manque d’espaces, pollutions, énergies non renouvelables, le devenir du corps est devenu un enjeu écologique.

Si l’inhumation comme la crémation demeurent les modèles les plus usités en matière de funérailles, on s’accorde désormais sur le fait qu’ils représentent une réelle menace écologique. Comment établir un processus qui soit à la fois respectueux des défunts, des croyances et de la nature ?

Les scientifiques s’accordent tous à dire que les êtres humains peuvent être compostés. C’est déjà le cas de nombreuses exploitations agricoles à travers les Etats-Unis, dont au moins un tiers des fermes laitières de l’État de Washington, compostent les corps de leurs animaux morts : « Pourquoi ne pas en faire de même avec les corps humains ? » s’interroge Katrina Spade.

Depuis plusieurs années l’architecte environnementaliste américaine se concentre sur cette épineuse question. Issue d’une famille de médecins, elle a toujours conçu le caractère mortel de l’homme comme une étape biologique incontournable.

Logiquement, elle en est venue à réfléchir sur un processus qui transformerait le cadavre en engrais destiné à enrichir les sols et les végétaux, comme un accomplissement, une intégration dans le cycle de vie de notre univers.

Et la chair redeviendra compost

S’entourant d’une équipe de scientifiques, d’ingénieurs, de juristes et de professionnels du funéraire, elle s’est penchée sur les possibilités et les limites de cette transformation, aboutissant à l’élaboration d’une structure dédiée, pensée à la fois comme un site de recueillement, un espace sacré et une machinerie accélérant la mutation physiologique voulue.

Le concept repose sur un axe vertical : une haute tour de 15 mètres dotée de plusieurs niveaux, traversée d’une cavité remplie de copeaux de bois.

La famille du disparu porte la dépouille placée dans un tissu décomposable en haut de la tour pour la déposer dans les copeaux par le biais d’une sorte de trappe.

Cette cérémonie doit avoir lieu dix jours au plus tard après le décès. C’est l’occasion d’un dernier hommage, d’un au revoir.

Recouvert de sciure, le corps va alors lentement se décomposer, le processus étant accéléré via les ventilateurs et les aérations installées dans la paroi, l’aspersion d’une préparation aqueuse sirupeuse.

Au fur et à mesure de sa dégradation, le cadavre descend le long de la tour pour arriver en sa base un mois et demi plus tard environ.

Un prototype de centre de recomposition. Crédit image – Wired

Le processus est en fait étonnamment simple : Placer le corps du défunt (riche en azote) à l’intérieur d’un monticule fourni de matériaux riches en carbone, (comme les copeaux et la sciure de bois), en ajoutant de l’humidité ou de l’azote pour que l’activité microbienne fasse son œuvre naturellement.

Les bactéries libèrent ainsi des enzymes qui décomposent les tissus (comme les acides aminés), pour que finalement, les molécules riches en azote se lient avec celles riches en carbone : ce qui crée une matière semblable à celle du sol.

La température monte jusqu’à 140 degrés (voire plus) : la chaleur tuant ainsi les agents pathogènes courants.

Fait correctement, il ne s’y dégage aucune odeur.

Les centres de recomposition : un projet en devenir

A ce stade, il est intégralement converti en compost. Un corps génère environ 1 mètre cube d’engrais qui servira à alimenter des jardins, des parcs… : on récupère alors le matériau via une trappe.

La tour peut accueillir plusieurs corps en même temps, qui se mêlent les uns aux autres au cours du processus, d’où l’impossibilité de récupérer le disparu sous sa nouvelle forme. À ce stade des recherches, l’opération est chiffrée à environ 2 500 dollars.

S’il n’est pas encore réalisé, le premier bâtiment, baptisé « centre de recomposition » sera construit à Seattle aux alentours de 2023.

Désireuses d’essaimer dans le monde entier, Katrina Spade et son équipe en sont encore à l’étape de la levée de fonds, communiquant via un site internet, des vidéos explicatives, conscients que leur proposition peut en choquer certains.

Katrina Spade, fondatrice du projet – Urban Death Project

La directrice du Urban Death Project a par ailleurs exposé ses vues lors d’une conférence TED où elle a su capter l’attention d’un public déjà sensibilisé aux problématiques environnementales.

Si sa solution ne règle pas le souci du recyclage des métaux lourds et autres polluants stockés dans le corps, elle ouvre des perspectives véritables qui pourraient faire souche à l’avenir et révolutionner notre manière d’envisager le ballet de la mort et de la vie.

Car au-delà des avantages environnementaux que représente le compostage des corps humains, Katrina estime que son projet est aussi d’ordre spirituel : lier la mort au cycle de la nature peut, selon elle, aider les gens face à leur propre mort et apporter du réconfort aux familles des victimes.

Il convient en effet de rappeler qu’un enterrement conventionnel est tout sauf naturel. Les cadavres sont conservés dans un fluide d’embaumement contenant du formaldéhyde, un cancérigène. Ils sont ensuite enterrés dans des cercueils en bois, et placés à l’intérieur d’un caveau en béton.

Ce projet vous choc ? Et si nous vous avions dit il y a 50 ans : « Nous brûlerons votre corps à plus de 2000 degrés, puis nous pulvériserons vos restes pour broyer vos os dans une machine pour les mettre ensuite dans une boite ». Qu’en auriez-vous pensé ?

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27 décembre 2016|

A propos de l'auteur: Delphine Neimon

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