Exhumations : quels sont les risques sanitaires pour les professionnels du funéraire ?

Nous avons déjà évoqué le cas de l’exhumation dans nos articles, pour en décrire le déroulement et poser le cadre administratif. Il est cependant nécessaire d’aborder un point parallèle, qui concerne l’éventuelle dangerosité de cette opération.

En effet déterrer un mort n’est jamais un acte anodin, c’est un processus d’autant plus délicat à accomplir qu’il s’agit de déplacer une dépouille plus ou moins putréfiée dans un espace qui peut être contaminé. Comment les personnels impliqués agissent-ils alors afin de préserver leur sécurité et l’entourage ?

La réalité d’une exhumation

Qu’elle soit commanditée par la justice à des fins d’expertises médico-légales, des familles qui désirent déplacer le corps ou l’obligation de vider une concession abandonnée, l’exhumation est un acte pénible pour ceux qui y assistent comme pour ceux qui l’accomplissent. Ce n’est pas pour rien que les seuls habilités à mener cette opération sont les fossoyeurs agréés, parfois secondés par les pompes funèbres qui récupèrent le corps dans le but de le transporter.

Il faut bien comprendre que le processus implique de manipuler des cadavres à différents stades de déliquescence, placés dans des coffres qui ne sont plus forcément clos et étanches. Il faut faire en sorte de les extraire en l’état, sans les abîmer. Or ce n’est pas toujours évident car suivant le temps passé en tombe, la physiologie du défunt, la nature du terrain, les conditions climatiques et l’agencement du caveau, l’état de décomposition ne sera pas le même.

Par ailleurs l’exhumation suppose d’ouvrir une tombe dont la dalle est lourde et difficilement déplaçable ; il faut ensuite sortir le cercueil, qui est parfois disposé au fond de la tombe sous d’autres bières dans le cas d’une concession collective ou familiale. Cela implique d’exfiltrer les différents défunts, de casser les dalles qui les séparent, de plonger parfois très profondément en terre pour aider à extraire le corps, d’ensuite déblayer les décombres et les résidus.

Bref l’exhumation a souvent lieu dans un cadre dont on maîtrise mal la perception, d’où la prise de conscience des menaces potentielles en matière de sécurité et de santé.

Une activité à risques

L’exhumation comporte plusieurs périls dont il faut bien cerner les causes, pour pouvoir les anticiper et les neutraliser.

Risques chimiques et bactériologiques

On pense immédiatement aux problèmes de contamination liés à la putréfaction des chairs, qui multiplie les bactéries comme les gaz chimiques. Un cadavre décédé de maladie infectieuse ou d’un virus grave peut avoir infecté son environnement, par le biais des sanies, des liquides de décomposition. Les insectes impliqués dans le processus peuvent devenir parasitaires.

La présence d’eau dans la tombe peut accroître la nuisance des microbes et des germes. Il y a donc plusieurs canaux de contamination possibles, dont on évalue mal l’existence en amont de l’ouverture du caveau.

Blessures physiques

Outre la contamination, l’excavation d’une sépulture, parce qu’elle suppose du gros œuvre de démolition et des gestes de manutention peut entraîner plusieurs types de blessures. Les fossoyeurs ont à agir dans un espace réduit, au milieu de débris de béton, de métal et de bois, avec lesquels ils peuvent s’écorcher voire se taillader gravement. Ils doivent parfois descendre très profondément, hors de vue de leurs collègues, là où l’oxygène peut être rare.

Les éboulements ne sont pas impossibles, surtout si la structure est vieille et endommagée, si le terrain est inondé de pluie. Autre cas envisageable, les problèmes articulaires et musculaires engendrés par la manipulation de charges lourdes comme les cercueils, les stèles et les gravas. Ce sont du reste des affections et des pathologies que les médecins du travail relèvent régulièrement lors des visites de contrôle.

Traumatismes psychologiques

Travailler au contact de défunts souvent putréfiés peut se révéler profondément déstabilisant à court ou long terme. Des troubles psychologiques, des dépressions peuvent survenir assez rapidement ou s’installer progressivement avec l’usure mentale.

Voilà pourquoi l’une des caractéristiques essentielles de recrutement demeure la stabilité du candidat, son équilibre émotionnel, sa capacité à communiquer ses affects pour exprimer une éventuelle détresse de cet ordre.

Les protections à adopter

Vu le nombre d’exhumations pratiquées en France (à titre d’exemple on en compte 9000 en moyenne annuelle rien que sur la capitale) il est impératif d’adopter les mesures de sécurité adaptées.

Ce sont les mairies qui s’en chargent, puisque la gestion des terrains communs relève de leur autorité. Elles respectent en cela les directives du Code Général des Collectivités Territoriales, notamment les articles R2213-40 à R2213-42 qui encadrent ce type d’activité. Ces instructions portent sur plusieurs aspects qui touchent à la logistique.

Organisation du travail

Afin d’épargner les visiteurs et de permettre aux équipes d’œuvrer en toute quiétude, les exhumations ont lieu en dehors des heures d’ouverture du cimetière, parfois la nuit ou le week-end. Elles sont permises pendant ces horaires si le site d’intervention est éloigné de toute fréquentation.

Dans l’absolu, la sépulture doit être ventilée en amont pour évacuer les odeurs et les traces de gaz de décomposition.

Il est impératif de prendre connaissance des conditions de décès, pour déterminer s’il y a eu maladie infectieuse, et le type de cercueil utilisé. A ce titre et comme le stipule l’article R2213-41 du CGCT,

« L’exhumation du corps d’une personne atteinte, au moment du décès, de l’une des infections transmissibles dont la liste est fixée aux a et b de l’article R. 2213-2-1, ne peut être autorisée qu’après l’expiration d’un délai d’un an à compter de la date du décès ».

Quant aux équipements, ils comprennent obligatoirement combinaisons, gants, bottes et casques.

Du reste et pour soulager au maximum les intervenants dans leurs démarches, on aura recours à des outils pour mécaniser l’opération, telles des pelleteuses ou des pompes à eau…

Il faut bien évidemment prévoir une trousse d’urgence garnie pour assurer les premiers secours en cas de blessure. Un brevet de secouriste peut-être le bienvenu. Il est par ailleurs vital que les vaccins soient tenus à jour.

Mesures de nettoyage et de désinfection

Les grosses chaleurs estivales sont connues pour alimenter la prolifération des bactéries ; aussi il est rare de pratiquer des exhumations durant les beaux jours.

Afin de permettre aux agents de se désinfecter immédiatement, un seau et du savon doivent être disposés à proximité du chantier afin de se laver les mains et la figure.

Quant aux vestiaires, ils doivent être organisés de telle sorte qu’on puisse s’y déshabiller et s’y nettoyer au plus vite après l’extraction.

On pratiquera la désinfection obligatoire des cercueils (s’ils sont intacts) comme des outils qui ont servi pour l’opération. Les débris des cercueils endommagés seront brûlés.

Information et formation

Bien sûr les membres des services concernés comme les fossoyeurs et les professionnels des pompes funèbres sont tenus de maîtriser les textes officiels encadrant l’exhumation. Cette dernière est, on l’a vu, aussi exigeante et complexe que la toilette mortuaire et la mise en bière.

Aussi des plaquettes explicatives, des articles d’ingénieurs, des dossiers d’analyse sont ils diffusés pour tenir les acteurs de la filière au courant des directives de base, mais aussi des changements dans les textes de lois, des nouveaux types de produits, des conduites à adopter.

Les réglementations municipales sont régulièrement mises à jour dans ce sens, et des formations sont proposées pour favoriser la mise à niveau des personnels impliqués.

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