Bénin : vers un encadrement légal des frais funéraires ?

La nouvelle a fait couler beaucoup d’encre dans la presse africaine : un député béninois vient de soumettre au parlement de son pays un texte de loi visant à limiter le budget destiné au paiement des funérailles et encadrer les festivités qui y sont liées. Un véritable scandale aux yeux de populations très attachées au culte des ancêtres et au respect dû aux mort … mais un appel d’air financier pour des familles asphyxiées par la facture exorbitante des cérémonies ?

Des cérémonies funéraires sacrées mais ruineuses

L’élu Nazaire Sado ne va pas se faire que des amis. Son texte de loi, bientôt soumis à l’appréciation de ses collègues de l’Assemblée du Bénin, vise une pratique ancestrale, inscrite dans les arcanes du deuil à l’africaine. En effet, les rituels funèbres supposent des cérémonies extrêmement codifiées et complexes, lourdes à mettre en place … et particulièrement onéreuses. Un enterrement type se chiffre aux alentours de 5 millions de francs CFA, soit 75 000 euros environ, là où une famille française débourse quelques 5 000 euros.

Il s’agit, outre les gestes d’inhumation classique, de financer les parures les plus belles, pour le défunt comme pour sa famille, de payer une réception pour quelques centaines de convives et cela sur plusieurs jours, avec mets fins et libations alcoolisées, de mettre en scène un cérémonie la plus somptueuse possible avec toutes les options envisageables pour se démarquer. L’hommage au disparu est en fait un prétexte afin de montrer la puissance du clan, sa prestance sociale, son aisance, sa réussite, et ainsi impacter les mémoires avec des festivités exceptionnelles.

Si les parentèles les plus dotées parviennent à payer cette débauche de luxe sans trop de problème, les membres de la classe moyenne ont beaucoup de mal à rassembler les sommes nécessaires.

Elles empruntent à des taux effrayants, mettent leurs biens en gage, vendent leur maison au besoin, pour satisfaire aux attentes d’une société qui n’hésite pas à faire pression afin de faire respecter les traditions, peu importe leur coût. Les personnes pauvres sont encore plus concernées bien évidemment. Dans un pays où le taux de misère frôle les 40 %, ces dépenses faramineuses ne sont plus tolérables, comme en juge Nazaire Sado qui a décidé d’agir.

Loi coercitive ou mesure de protection ?

S’appuyant sur une ancienne loi de 1967 portant sur l’encadrement du coût des cérémonies (les mariages constituent également un véritable gouffre), il compte faire plafonner le prix des obsèques comme le stipule le second article :

"le montant total des dépenses en denrées, boissons et services de toute nature (achat de fosse, de cercueil, habillement de la personne décédée, frais de morgue…), effectuées tant par l’organisateur que par les participants, ne peut être supérieur à 500.000 FCFA".

Par ailleurs ces manifestations seraient limitées dans le temps, ne durant plus que deux jours en place de la semaine initialement mobilisée. La consommation d’alcool serait prohibée, ainsi que les réjouissances trop ostentatoires.

Autant de manières de protéger l’ordre public … et les activités économiques trop souvent perturbées par ces vacances funèbres qui en suspendent le cours avec des conséquences déplorables pour la bonne marche des entreprises. Cette annonce a bien évidemment entraîné son lot de réactions, en dehors même des professionnels de ce secteur aucunement codifié qui génère bien des vocations et des tarifications inacceptables.

Si certains se disent offusqués par ce qu’ils considèrent comme une véritable atteinte à leur liberté, d’autres soutiennent clairement ce projet à l’heure où l’Afrique toute entière mise sur une mutation économique que ce type de comportement compromet fortement.

Reste à utiliser la bonne méthode, entre loi prohibitive et sensibilisation d’une communauté fortement ancrée dans ses coutumes. Ce travail éducatif a déjà été amorcé par certains évêques tout à fait conscients de la problématique et de ses enjeux. Il semblerait qu’il soit aussi l’objet de séminaires de réflexion en Côte d’Ivoire, pays assez proche où la question se pose également, notamment dans la région Bété dont institutionnels et administrés questionnent ces pratiques, leurs conséquences et d’éventuelles solutions palliatives.

Pierre C.
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Fondateur de Lassurance-obseques.fr

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