Japon : des « hôtels morgues » pour les défunts

Depuis environ dix ans, le Japon voit se développer un nouveau type de service : les hôtels morgues s’y multiplient pour accueillir les dépouilles des personnes décédées dans l’attente de leur cérémonie funèbre.

De par ses pratiques religieuses (bouddhisme et shintoïsme) et son peu d’espace (il s’agit d’un archipel dont 30% seulement est habitable), le pays privilégie l’incinération (choisie par 99% de la population).

Mais les structures spécialisées étant débordées par l’augmentation exponentielle des décès, les hôtels pour les morts assurent la période de transit entre le moment du trépas et celui des obsèques.

Pourquoi un tel succès ?

Augmentation des décès et manque de structures

La population nippone affiche 127 millions d'habitants, ... mais 7,8% excède les 80 ans, un chiffre appelé à augmenter à l'avenir.

Ce vieillissement entraîne une augmentation conséquente du taux de décès : on chiffrait 1,2 million de disparitions en 2014, et les autorités constatent une croissance d'environ 20 000 morts par an en moyenne.

En parallèle de cette progression, les établissements funèbres ne voient pas leur capacité d'accueil et de traitement croître pour suivre cette tendance. Dans ces îles soumises aux tsunamis comme aux tremblements de terre, les permis de construire sont difficilement délivrés. En conséquence, on n'érige pas de nouvelles structures dédiées.

Les centres crématoires sont donc débordés par la demande, et il faut souvent plusieurs jours avant qu'un corps soit enfin incinéré avant d'être placé dans des cimetières eux-mêmes saturés.

Vivant dans des espaces réduits (l'habitat au Japon est souvent minimaliste, notamment en milieu urbain), les familles ne peuvent conserver les cadavres de leurs chers disparus chez eux ; aussi l'émergence des hôtels morgues offre une réponse à un véritable besoin, permettant de garder les corps dans l'attente de leur cérémonie funèbre.

Lieux d'attentes et espaces personnalisables

De l'extérieur, les hôtels pour défunts sont très sobres, se confondent avec des bâtiments classiques de deux à trois étages.

Une des chambre de l'hôtel

Ils proposent de 6 à 20 places environ, réparties dans des pièces d'une grande sobriété. Ces petites salles sont climatisées mais non réfrigérées comme cela serait le cas dans une morgue classique ; aussi il peut survenir des soucis de conservation dûes aux températures inadaptées.

Les corps sont placés dans des cercueils unis ou décorés selon l'offre des établissements, et le budget des familles. Certains hôtels proposent des catafalques réfrigérés. Eclairée de néons, chaque alcôve est protégée de rideaux noirs occultant la lumière du jour ; les proches peuvent la décorer comme ils le souhaitent, installer un autel, fleurir l'endroit. Une porte permet de s'isoler si on le souhaite.

personnel de la morgue

La famille et les amis sont autorisés à visiter la dépouille, afin de lui rendre hommage, de prier, de se recueillir.  Certains établissements sont équipés pour permettre aux proches de dormir sur place, d'autres  proposent des prestations cérémonielles.

La durée de transit est généralement de quatre jours, laps de temps nécessaire pour obtenir une place en crématorium.

Le coût varie de 75 à 150 euros par jour selon les services demandés.

Delphine Neimon
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