L’enfant devant la perte : À chacun son Adieu

Alors faut-il absolument leur en faire prendre conscience, insister auprès d’eux sur le fait que ce train des adieux ne passera pas une seconde fois et qu’il est important d’en « profiter pleinement » ? Il serait assez maladroit de dicter à l’enfant la manière de dire adieu à son proche ou de l’enjoindre à parler absolument, à délivrer un message à tout prix. L’entourage ne peut que respecter sa façon à lui d’être présent dans ces derniers instants.

Tous différents

Tel enfant ne dira peut-être même rien à son parent, ne le regardera pas- ou seulement du coin de l’œil- et dessinera dans un coin de la chambre d’hôpital. Tel adolescent écoutera son lecteur MP3, les yeux dans le vague, assis au pied du lit silencieux mais veillant sur son proche.

Pour cet enfant, pour cet adolescent, dire adieu à son père, sa mère, son frère, sa sœur, passe sans doute plus par quelques traits de couleur tracés sur une feuille ou par un morceau de musique que par une grande déclaration d’amour ou des larmes versées sur les draps du lit, lovés dans les bras du mourant. De même que le spectaculaire ne dit rien de la force des émotions, l’absence de démonstration ne signifie pas l’inexistence de la peine et du bouleversement.

Oui, mais tout de même, serait-on tenté de dire… S’il ne se passe rien (en tout cas de visible) durant cette ultime entrevue, l’enfant ne va-t-il pas faire plus tard les frais d’un rendez-vous manqué ?

Un rendez-vous manqué ?

Tout ce qu’il n’a pas pu exprimer à son parent alors au seuil de la mort, ne va-t-il pas le porter comme une charge tout au long de son existence ? Car on sait bien que les regrets et les non-dits pèsent lourd… Une réponse, pour balayer ces craintes : plaçons la mort dans le continuum de la vie.

Si l’enfant n’a rien trouvé à dire à son parent mourant, cela n’obère en rien la richesse de leur passé commun. Et, durant les années qu’ils ont vécus ensemble, il y a fort à parier qu’ils ont partagé bon nombre de choses essentielles, profondes, témoignant de leur amour respectif. Fallait-il encore en rajouter ? Fallait-il absolument passer par la formalité des sentiments, leur mise en mots ? Les actes ont souvent plus de puissance que les paroles. Pas sûr que l’enfant en ait éprouvé le besoin. D’où le silence.

S’il se trouve que l’enfant n’a pas pu voir une dernière fois le proche avant son décès n’en faisons pas un drame dans le drame. Cette absence de dernier au revoir ne prendra pas obligatoirement la forme d’un traumatisme, surtout si la relation entre eux était bonne et que la parole circulait bien. Le nécessaire, le primordial s’est dit auparavant.

Après tout c’est aussi souvent le malade lui-même qui refuse la venue de son enfant quand la fin est imminente. Par peur de perdre les pédales à la porte de la mort, par nécessité de se recentrer sur soi, de s’épargner des moments d’émotions trop fortes. Là encore, méfions-nous des clichés : un mourant n’a pas toujours envie qu’on lui tienne la main…

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