Faire face au deuil : un travail de fond

L’expression « faire son deuil » est très galvaudée et entraine nombre d’incompréhensions et d’idées fausses. À aucun moment, il faut entendre par ce concept « oublier la personne aimée », « tourner la page », « passer à autre chose » ou « accepter la disparition », comme on peut l’entendre encore trop souvent.

Au moment d’un deuil, deux chemins sont possibles :

  • refuser de se confronter à tout ce que cette perte induit et penser qu’avec le temps, tout va progressivement rentrer dans l’ordre, « comme avant » ;
  • ou bien accepter la réalité de cet évènement qui bouleverse l’existence et faire face. Un processus naturel, inconscient et spontané, de cicatrisation de cette véritable plaie psychique se mettra de toute façon en route, mais il ne suffira pas à guérir dans de bonnes conditions.

Pour réapprendre à vivre sans la personne disparue, le travail de deuil doit être accompagné d’une démarche active. C’est le travail de deuil. Penser que l’on peut en faire l’économie est illusoire.

Conseils pour entreprendre un travail de deuil

Si possible, voir le corps du défunt. Le fait de regarder le corps de la personne décédée est un bon moyen de reconnaître la perte, de l’assumer en quelque sorte. Cela représente une étape importante pour débuter activement le travail de deuil.

Le contact avec la personne défunte permet d’intégrer une réalité que tout en soi refuse. Aussi, l’organisation des obsèques (religieux ou non) aide à la prise de conscience de la perte.

Se faire accompagner pendant cette période. Il est primordial de réunir les parents proches : famille, amis et de s’entourer de personnes de confiance. Surtout, ne jamais avoir peur de demander de l’aide et à exprimer ses besoins.

Partager ses émotions, son ressenti. Communiquer est essentiel. Plus la circonstance du décès est difficile (suicide, accident, assassinat), plus il parait essentiel de mettre des mots sur ce qui s’est passé. C’est une solution très puissante de se décharger du stress et des angoissent générées par les émotions qui s’accumulent.

À savoir :

Si les parents ou les amis font défaut, il existe des associations qui peuvent apporter leur aide (voir en bas de page).

Exprimer ses émotions. Détresse, colère, désarroi, culpabilité, chagrin, peur, impression de devenir fou, révolte, dépression : des émotions puissantes et parfois déconcertantes surgissent très régulièrement. Il est très important de ne pas refouler ses sentiments et, au contraire, se donner les moyens de les exprimer.

Pleurer fait du bien. On n’en parle surement pas assez mais c’est un aspect central du travail de deuil.

Connaître le processus de deuil et ses différentes phases. Le fait de comprendre les différentes étapes vécues et les réactions associées permet de mieux anticiper les événements, même s’ils restent très difficiles et douloureux à gérer. Ils sortent ainsi de l’inconnu ; deviennent ainsi plus prévisibles et donc moins angoissants.

Etre attentif à sa santé. Anxiété, dépression ou troubles du sommeil, mais aussi douleurs musculaires ou articulaires, troubles digestifs, vertiges ou palpitations cardiaques, ou encore problèmes dermatologiques (psoriasis, eczéma) sont courants. Les grandes enquêtes épidémiologiques montrent une surmortalité globale significative chez les personnes en deuil, souvent par négligence de leur traitement ou de leur santé.

Réduire le stress — Comment se donner tous les moyens d’évacuer régulièrement les tensions tant physiques que psychiques ? De nombreuses études montrent que les personnes qui ont une activité physique régulière résistent mieux au stress, ont un meilleur sommeil et connaissent ainsi moins d’épisodes dépressifs.

Les massages, les méthodes de relaxation et la méditation sont aussi bénéfiques et aident à accompagner les douleurs traumatiques liées à la perte.

Ne pas essayer d’anesthésier ses émotions. La souffrance est parfois telle qu’il est tentant de l’anesthésier avec un peu d’alcool ou des médicaments. Certes, ces produits provoquent généralement un soulagement temporaire, mais le travail de deuil ne passe pas par l’oubli des émotions. Plus la personne s’anesthésie, plus elle retarde le moment où elle commencera à se sentir mieux.

Ne pas griller les étapes et vouloir aller trop vite — L’une des grandes difficultés réside dans l’acceptation de la durée. Cela est légitime: la souffrance est là et tout le monde espère la voir disparaître au plus vite...

Toutefois, il n’est pas possible de raccourcir ou de court-circuiter le processus de deuil. Aussi pénible ou douloureux soit-il, il obéit à un rythme sur lequel la personne endeuillée n’a aucun contrôle. Il s’étale sur un à deux ans au moins, voire plus, et il est totalement illusoire de vouloir réduire cette durée.


Les étapes ne doivent pas être brûlées. En revanche, s’atteler à un travail de deuil rend ce processus plus tolérable. Il faut apprendre la patience, et l’apaisement viendra en son temps.

Apprendre à cicatriser

Le Dr Christophe Fauré, psychiatre et auteur d’un ouvrage Vivre le deuil au jour le jour (éd. Albin Michel, 2004), utilise la métaphore de la main brûlée pour expliquer la nécessité de faire un travail de deuil après un décès :

« Devant une grave brûlure de la main, deux réactions sont possibles : la première, nier la douleur, faire un pansement prendre quelques antalgiques et laisser faire. La blessure va spontanément cicatriser.

Les tissus vont se reconstruire tant bien que mal, une infection peut apparaître. La main risque de ne plus être aussi fonctionnelle que précédemment.

L’autre comportement est de faire face à cette blessure soudaine et d’accompagner activement le processus de cicatrisation en se donnant les moyens de la soigner du mieux possible: consultation médicale, bilan des lésions, traitement adapté, suivi régulier [...] Jour après jour. Pendant plusieurs semaines, le pansement est changé, c’est douloureux, la plaie est nettoyée, [...] c’est douloureux, les peaux mortes sont soigneusement éliminées […] c’est douloureux, oui, la douleur est présente à chaque étape mais, grâce à une attention soutenue, au fil des mois, la blessure va guérir dans de bonnes conditions.

Même si la main portera toujours une cicatrice (il sera impossible de l’oublier), elle sera à nouveau souple et fonctionnelle. »

Les associations pour vous aider :

  • https://vivresondeuil.asso.fr/ : Écoute téléphonique des personnes en deuil, groupes de parole (enfants, adultes), entretiens individuels, etc. Des antennes régionales dans toute la France.
  • https://www.apprivoiserlabsence.com/ : Groupe d'entraide parents en deuil. Le site Internet comporte un document très complet qui dresse la liste de toutes les associations d'aide aux parents.

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