Les mots pour annoncer le décès à l’enfant

Lorsque survient le décès, il incombe aux parents de l’annoncer immédiatement à leurs enfants – s’ils ne le savent pas déjà. Pas facile de s’acquitter au mieux de cette tâche, alors qu’on est soi-même en proie à la plus grande souffrance, que les mots se dérobent et semblent tous inappropriés.

mort enfant

Pris dans la tempête

Comment annoncer la mort d’un proche son enfant ? Si ce père, cette mère, ce frère ou cette sœur était gravement malade depuis des mois, l’idée avait sans doute fait son chemin, l’enfant avait plus ou moins clairement comprit que cela allait arriver. A condition, bien sûr, que la parole ait circulé dans la famille, il a disposé d’à peu de temps de penser, réfléchir, se poser des questions.

Dans cette situation, l’annonce de vient donc entériner un fait déjà acquis, comme une signature au bas d’une page, si douloureuse soit elle a tracé. Prononcé la phrase « il est mort » constitue un déchirement parce qu’elle est clos définitivement tous les espoirs, même les plus fous. Il n’empêche qu’elle aura sans doute moins de mal à être dite et reçue si elle a été précédée par une autre « il va sans doute mourir…»

Un décès brutal

Dans le cas de décès brutal- accident de la route, crise cardiaque, suicide- le temps est refusé à l’entourage. Ceux qui restent doivent à la fois encaisser cette mort soudaine et sont chargés de l’annoncer à leurs enfants. Lourde mission… en quelques secondes, en un coup de fil de la police ou de l’hôpital, la vie bascule.

Comment imaginer qu’un être unique qu’on a serré dans ses bras quelques heures auparavant est mort, qu’on ne le reverra plus jamais ? Un événement d’une telle violence est difficilement admissible pour le psychisme humain. S’ensuit une confusion absolue, une forme de folie où s’affrontent l’acceptation et le déni, la soumission à la réalité et le refus : « non, c’est à cauchemar, je vais me réveiller », « oui, pourtant, c’est bien lui, ce cadavre sans vie … ». On pourrait presque parler d’une sorte de dédoublement passager de la personnalité, chaque partie de soi jouant au ping-pong avec l’autre se renvoyant l’une l’autre les arguments.

Inutile d’espérer retrouver un peu de sérénité pour parler à ses enfants. Inutile de penser qu’on va devoir leur épargner son propre bouleversement émotionnel. Ce serait ce leurrer, se fixer un défi inaccessible. Oui, un parent qui vient d’apprendre le décès d’un de ses proches et submergé par la souffrance et va à son tour submerger son propre enfant en lui annonçant la sinistre nouvelle. Le chantier et d’une telle intensité, si déstabilisant, si insupportable que personne ne peut rester debout dans une telle tourmente, même pour tenter de protéger ses enfants. Il ne peut en être autrement, mieux vaut le savoir : cela aura peut-être l’effet d’éviter en partie une culpabilité mal placé. On fera comme on pourra, on fera au mieux et vaille que vaille.

Raconter des histoires, le propre de l’homme

Dans un tel tourbillon et même si le gouvernail nous échappe, on peut tout de même tenter de se raccrocher aux mots. Ainsi, à ce que l’on va choisir pour annoncer le décès à ses enfants. Leur impact peut-elle d’une telle importance, qu’ils méritent qu’on les choisisse avec soin, dans la mesure du possible.

Quand on s’adresse à un enfant, surtout s’il est jeune, le réflexe est assez courant de lui raconter des histoires. Non au sens péjoratif, dans une volonté de lui mentir – ou de le berner, mais au sens strict du terme, celui du compte ou de la fiction qui parle à un imaginaire si fort et avide d’être nourri durant l’enfance.

En employant des expressions comme « maman est montée au ciel, maintenant c’est une jolie petite étoile qui brille dans le ciel pour toujours », on espère être mieux compris, trouver un terrain de communication avec son tout-petit, un moyen imaginé et adapté de faire passer le message.

Mais, derrière l’emploi de ces métaphores, se cache probablement une forme de régression de l’adulte.

Frappé par un drame qui le dépasse, le parent survivant se retrouve dans une véritable détresse infantile. Or, que fait un enfant qui souffre ? Ils se racontent des histoires pour panser ses plaies, apaiser ses blessures. Tous les gamins se moquent de lui dans la cour de récréation ? Eh bien, tant pis pour ces imbéciles, musclor va venir pour les écraser et les réduire en miettes grâce à ses supers pouvoirs !

Au fond, il sait bien que musclor n’existe qu’à la télé ou sur ces pages de livre. Mais ça lui fait tellement de bien de s’imaginer qu’il pourrait accourir pour le sauver de toutes ses misères… Face à la mort, certains adultes peuvent ainsi se mettre à danser comme dans leur enfance, à se raconter des histoires comme ils en avaient l’habitude 30 ou 40 ans plus tôt.
Et puisque raconter des histoires est le propre de l’homme, pourquoi y renoncer quand on en a le plus besoin ?

Les belles choses de la vie

Il s’agit d’une réaction tout à fait normal mais qu’il est pourtant important d’essayer de maîtriser. Il n’est pas question de s’interdire tout recours à des images ou à des comparaisons susceptibles d’être parlantes pour l’enfant, ni d’opter à l’inverse pour une annonce crue et sans « emballage ». Là encore, une voie médiane existe.

Se méfier tout de même de l’imaginaire, lequel peut parfois jouer des tours. Autant un bambin est capable de comprendre que son papa ne va pas le dévorer quand il prétend être un tigre et qu’il fait mine de lui bondir dessus, autant sur un thème aussi lourd et moins familiers que la mort, il fera preuve de plus d’hésitations, de doutes.

Ainsi, un enfant peut parfaitement commencer à souffrir de sérieux troubles du sommeil, parce qu’il a passé ses nuits à scruter le ciel étoilé à la recherche de sa maman… tel autre pourra consacrer ses journées à attendre que son papa revienne, tout simplement parce qu’on lui a dit qu’il était « parti ». Quand on aborde de tels sujets avec un enfant, il a tendance à prendre la parole de l’adulte au pied de la lettre, sans réelle recul. La plus grande prudence s’impose.

À un moment ou un autre, pour éviter tout malentendu, on ne pourra donc faire l’économie des mots qui disent clairement la réalité : « ton papa est mort ». En revanche, rien n’empêche d’inscrire cette annonce dans une narration, dans un récit de vie pour en atténuer la brutalité : « tu faisais plein de choses avec ton papa, tu jouais au ballon, tu allais à la pêche. C’est vrai que maintenant tu ne pourras plus le faire parce que papa est mort. Mais tu pourras penser à lui, à toutes ces jolies choses que vous faisiez ensemble : elles, elles ne partiront pas, elles seront toujours là, dans tes souvenirs. »

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