Accès aux soins funéraires pour les personnes atteintes du VIH : bientôt l’autorisation ?

C’est un litige vieux de deux décennies, qui a pris corps à l’aube des années 90 dans le sillage de l’épidémie de SIDA : très vite et par mesure de précautions sanitaires, l’État français a interdit l’usage des actes de thanatopraxie sur les défunts infectés par le VIH, cela afin de protéger les personnels des pompes funèbres d’une éventuelle contamination lors de l’opération. Or depuis 1986 et sa mise en application, les associations LGBT ont stigmatisé cette décision en la qualifiant de discrimination.

En effet, ne bénéficiant pas de ces traitements de conservation, les personnes atteintes du sida ne peuvent  prétendre être présentées à leurs proches lors d’une exposition en chambre funéraire.

Voici donc plusieurs années que les collectifs alertent les autorités et réclament la levée de cette interdiction, soulignant qu’à ce jour, aucun cas de contamination n’a été relevé dans le secteur funéraire.

Les promesses des politiques, ministres et présidents, se sont accumulées, sans grand effet, alors qu’en parallèle des entités aussi importantes que le Conseil national du sida et des hépatites virales, l’Inspection générale des affaires sociales, le Défenseur des droits et le Haut conseil à la santé publique conseillaient d’abolir cette proscription. Ministre de la Santé sous la présidence de François Hollande, Marisol Touraine a œuvré pour accélérer le processus.

Réglementations sanitaires accrues pour les thanatopracteurs, vaccination obligatoire contre l’hépatite B, information des proches, mesures techniques renforcées dans le cadre des funérariums, … les législateurs ont même avancé une interdiction de pratique des soins à domicile afin d’éviter les problèmes d’hygiène, neutralisés dans l’espace des chambres funéraires aseptisées ; cette proposition a très vite été refusée par plusieurs députés de toutes orientations via un amendement.

De fait cette perspective n’enchantait guère les opérateurs funéraires, souvent confrontés au traitement des personnes décédées dans leur foyer. Outre la perte d’un champ d’activité important, ces derniers ont toujours exprimé leurs craintes face à une éventuelle contagion. Ainsi nombreux sont les agents qui ont dû se soumettre à une trithérapie d’urgence, après une coupure accidentelle lors d’une manipulation.

Les syndicats spécialisés soulignent du reste que si les salariés ont accès aux soins de par leur statut, les indépendants, fréquents dans le métier, sont moins bien lotis, plus réticents à se faire traiter en cas de problème.

Tous les acteurs de la filière arguent qu’une toilette mortuaire dépourvue de gestes invasifs et d’injection de liquide conservateur n’est pas un acte de ségrégation ou homophobe comme cela peut parfois être malheureusement le cas, mais une simple démarche de préservation qui n’annule en rien le respect dû aux morts. On le voit, les deux partis en présence ont du mal à dialoguer, campant ferme sur leurs positions. La ligne de négociation devrait évoluer en janvier 2018, où l’interdiction pourrait bien être levée officiellement … si l’arrêté concernant cette décision est paraphé par le nouveau président Emmanuel Macron.

Pierre C.
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Fondateur de Lassurance-obseques.fr

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